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Bref aperçu de l'histoire de l'héraldique en France Résumer huit siècles d'histoire en quelques lignes est une gageure... La naissance de l'héraldique et sa première vocation furent le fait des combattants dont l'équipement défensif couvrait tout le corps et le visage. Les belligérants avaient donc besoin de signes de reconnaissance afin de se distinguer entre eux sur les champs de bataille. Les armoiries sont d'abord présentes sur les étendards, puis sur les boucliers et les casques. De cette nécessité d'identification à distance découle une règle optique encore respectée de nos jours dans l'élaboration des armoiries : la règle de contrariété des émaux. C'est-à-dire que l'on ne peut placer une figure de couleur (gueules, azur, sable, sinople, pourpre) sur un fond de couleur, tout comme on ne peut placer une figure de métal (or et argent) sur un fond de métal. En effet, vue de loin, une figure blanche sur un fond jaune blanc est indiscernable au contraire d'une figure bleue sur un fond jaune.
En ce qui concerne le répertoire des figures héraldiques des origines, il n'est pas le fait d'une génération spontanée, ni celle d'un emprunt aux civilisations d'outre-méditerannée par le biais des croisades. Lions, croix, motifs géométriques divers, fleurs de lis, dragons... font partie d'une iconographie utilisée par les civilisations occidentales depuis la plus haute antiquité, constamment reprise et enrichie jusqu'au Moyen Age et qui continue d'ailleurs toujours d'évoluer. La vogue des tournois, sport lucratif et véritable substitut à la guerre, est le facteur déterminant de propagation des armoiries au sein de la classe chevaleresque. On trouve les premières armoiries sur des sceaux apposés à des documents datés de la première moitié du XIIe siècle, dans un espace géographique situé entre la Loire et le Rhin. Du XIIe siècle à la première moitié du XIIIe siècle, les armoiries sont exclusivement utilisées par la classe des combattants. L'usage du sceau, entraîne l'adoption progressive des armoiries devenant peu à peu héréditaires, par toutes les classes et institutions de la société médiévale, selon un mouvement initié par les élites. Le sceau est fondamental pour la diffusion des armoiries car il ne faut pas oublier qu'au Moyen Age, tout acte juridique ne peut être validé que si l'empreinte du sceau du testateur est imprimée dans la cire appendue au document. Ces sceaux portent les armoiries et le nom de leur propriétaire. Dans une société où la majorité des individus est analphabète, le sceau complète ou remplace la signature autographe. De nos jours encore, un extrait de naissance ou un diplôme n'a aucune valeur légale s'il ne porte pas le cachet officiel de l'administration émettrice.
L'extension de l'usage des armoiries à toutes les catégories sociales se fait en France de 1230 à 1330. Il s'agit dans l'ordre : des femmes de la haute aristocratie, du clergé séculier, des bourgeois et gens de métier, des paysans, des villes et enfin des corps de métiers et des communautés religieuses. Les armoiries perdent donc peu à peu leur fonction première et exclusive de signe de reconnaissance militaire pour devenir une véritable marque de propriété et de décoration qui couvre bientôt tous les objets précieux ou de la vie quotidienne (bijoux, vaisselle, vitraux, fresques, motifs architecturaux, plaques de cheminées, vêtements, armes...). En France durant l'Ancien Régime, tout individu, quelles que soient son origine sociale et sa confession, peut porter les armes de son choix à la seule condition de ne pas usurper celles d'autrui. Ce n'est pas le cas partout en Europe où, dans certains pays, les armoiries étaient et sont encore uniquement réservées à la noblesse. Il n'y a donc pas en France de restriction au port des armoiries (la capacité héraldique) à la seule noblesse et ce, jusqu'à la Révolution Française. Dans la fougue révolutionnaire, les Sans-Culottes associeront les armoiries aux privilèges de la noblesse dite " féodale ". Leur usage sera interdit et sévèrement réprimé par un décret du 19 juin 1790. Les supports armoriés sont donc souvent détruits. Cette iconoclastie s'intensifie sous la Terreur et s'étend à tous les symboles du pouvoir royal. Elle a pour résultat un préjudice considérable pour le patrimoine français encore visible aujourd'hui. Avec l'avènement du Premier Empire, Napoléon rétablira le port des armoiries, mais l'associera uniquement à la noblesse par le biais d'un fort contrôle administratif sur leur utilisation. Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe feront de même. La IIe République ne se préoccupera pas des armoiries mais interdira à nouveau les titres de noblesse, quant au Second Empire, il imite les décisions de Napoléon Ier. Enfin, la IIIe République ne légifère pas en la matière. La situation juridique actuelle en France est donc celle qui prévalait sous l'Ancien Régime, c'est-à-dire que la capacité héraldique concerne tous les français. Cet état de fait est confirmé par la jurisprudence actuelle qui fait des armoiries un accessoire indissoluble du nom patronymique, noble ou non. Ainsi, chacun peut librement adopter les armoiries de son choix à la seule condition de ne pas usurper celles d'autrui déjà existantes. (N.B. : les litiges sont jugés par les tribunaux civils). Depuis quelques années, on observe un regain d'intérêt des Français pour l'héraldique. Il se traduit par la multiplication des travaux universitaires dans les différentes disciplines des Sciences humaines (rappelons que l'héraldique est, entre autres, une science annexe de l'histoire), par de nombreuses publications de vulgarisation, des expositions, des articles dans la presse scientifique et généraliste... En France, la redécouverte de cet art et de cette science par le grand public a été amorcée par la passion de la généalogie à la fin des années 1970. A l'occasion de recherches généalogiques, de nombreux français ont pu redécouvrir les armoiries de leur famille, comme d'autres, tout aussi nombreux ne les ont pas retrouvées ou ignorent encore que leur famille en possède ! Aujourd'hui de plus en plus de Français décident de se faire créer des armoiries. Il en va de même des communes, souvent lassées par la mode éphémère des logotypes. Demain, les entreprises françaises se doteront peut-être à l'instar de leurs consoeurs des pays du Commonwealth, d'armoiries pour conquérir de nouveaux marchés, fortes d'une emblématique riche de sens et de symboles... NB : ce résumé s'appuie sur les travaux de Michel Pastoureau dans son Traité d'héraldique.
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